Lancer un projet innovant nécessite de solliciter des aides. Mais face à la multitude des dispositifs, les entreprises sont parfois perdues. Quelques pistes pour s’y retrouver.

Il existe en France de nombreux dispositifs de soutien de l’innovation, chacun possédant ses modalités propres, mais pas de guichet unique. Une complexité qui a de quoi désemparer les porteurs de projets innovants. Les organismes auxquels s’adresser varient en effet selon le type d’innovation et selon l’aide sollicitée (matérielle, financière, administrative, juridique, etc.).

Première étape : s’informer

L’une des premières portes d’entrée à laquelle frapper reste la chambre de commerce et d’industrie (CCI). « Les chambres sont à même d’accompagner et/ou d’orienter de façon précise les porteurs de projet vers les bons acteurs en fonction de leurs problématiques technologiques ou non technologiques, explique Christophe Pinon, chef de service innovation à la CCI de l’Essonne. Elles vont pouvoir vérifier que les étapes ont été menées au bout, par exemple la validation du marché. » Dans un second temps se pose la question des aides financières. « Quand on aura fait le tour de la problématique technique, marketing ou organisationnelle, on s’intéressera au financement », poursuit Christophe Pinon.

A côté des CCI, il existe parfois d’autres structures d’information. Dans le territoire du Chablais, qui s’étend autour de Thonon-les-Bains (74), les porteurs de projet peuvent se tourner vers l’agence Chablais Léman développement. Cette association  est composée d’entreprises de toutes tailles, de communes, de syndicats intercommunaux et du Conseil général de la Haute-Savoie. Elle a mis en place une pépinière d’entreprises pour accompagner les jeunes en leur offrant des locaux et des services mutualisés. « Pour intégrer la pépinière, il faut se présenter à un comité de sélection. Dans les critères de sélection qui ont été décidés par les collectivités locales, nous avons mis l’innovation au sens large. Ce n’est pas seulement l’innovation technologique », précise Jean Neury, le président de l’agence.

Chablais Léman sert aussi de porte d’entrée pour les entreprises qui ont plus de cinq ans d’existence. « On va pouvoir identifier les dispositifs, les aides et les accompagnements mobilisables. On va faciliter les démarches de l’entreprise pour prendre contact avec les prestataires. Selon les demandes, cela peut être la mise en relation avec les pôles de compétitivité ou les clusters s’il y a de l’innovation technologique », précise Gaëlle Tagan-Baud, directrice de l’agence.

L’union fait la force

Les porteurs de projet collaboratif peuvent rejoindre un pôle de compétitivité. Son rôle est d’accélérer la relation entre les entreprises, les laboratoires et les universités publiques autour d’un projet innovant d’avenir. Ces structures de labellisation ne retiennent que les projets qui ont un impact économique, avec l’objectif d’une mise sur le marché de produits ou de procédés dans les deux à cinq ans. « Concrètement, on rencontre le porteur de projet puis on essaie de lui trouver des entreprises ou des laboratoires qui répondront à ses besoins. On peut aussi lui proposer de participer à des projets déjà en cours, précise Olivier Bonnet, directeur général du pôle de compétitivité Materalia en Lorraine Champagne Ardenne. Si le projet est bien défini à l’avance, c’est très bien. Mais notre valeur ajoutée, c’est justement l’accompagnement, l’aide au montage et l’orientation vers des financeurs. »

Solliciter des subventions et des aides publiques

Parmi les dispositifs d’aides publics, le plus connu reste OSEO. Cet établissement public d'Etat, sous tutelle ministérielle, offre un accompagnement pour réunir les financements nécessaires à la réalisation des projets, que l'innovation porte sur un nouveau produit, un procédé, un service ou un mode de commercialisation. Il propose ainsi des aides directes à l'innovation pour partager les risques inhérents aux programmes de recherche et développement. Mais il facilite aussi l'accès au crédit bancaire et garantit le risque pris par les partenaires financiers.

Il existe par ailleurs de nombreux dispositifs d’accompagnement financiers publics en fonction des régions, des départements et des cultures locales. Cependant, « les aides publiques à l’innovation sont plafonnées aux fonds propres. S’il n’y a pas d’argent au départ, il n’y aura pas d’aides publiques. C’est un euro mis pour un euro donné », avertit Christophe Pinon. Pour augmenter leurs fonds propres les entreprises ont la possibilité de solliciter des prêts d’honneur proposés par les Régions pour des projets industriels créateurs d’emplois sur leur territoire et dont le montant varie de 40 000 à 60 000 euros.

Se tourner vers le privé

Pour des besoins d’investissement plus important, il faut faire appel à des fonds privés. Là encore, si le chef d’entreprise ne dispose pas d’un bon carnet d’adresses, les structures comme les CCI peuvent faciliter la mise en relation. La chambre de l’Essonne a ainsi mis en place des conventions de financement nationale (Techinnov) et locale, pour permettre à des porteurs de projet de rencontrer des partenaires financeurs. Avant toute mise en relation, la CCI opère une sélection par secteur d’activité. Un comité va « valider que le projet technologique et que le projet économique tiennent la route. Il y a beaucoup de candidats pour peu d’élus. Il serait parfois dommageable de présenter certains projets en l’état. Il faut être en capacité de montrer que ça marche pour inciter les investisseurs à prendre le risque », explique Bérengère Bonnaffoux, conseillère en financement à la CCI.

« Le meilleur atout d’une entreprise pour convaincre, c’est son chiffre d’affaires et ses clients. Le financement n’est qu’un outil au service du développement. Si un chef d’entreprise cherche du financement pour vivre, c’est que le modèle économique n’est pas viable. Il faut avant tout s’attacher à valider ce modèle, voir s’il a été bien pensé, si le porteur de projet a une idée précise du marché, de l’équipe et de la structure à mettre en place », résume Christophe Pinon.