Un statut militant

Lorsque des militants en faveur des énergies douces décident de créer le premier fournisseur français d'électricité d'origine renouvelable, ils choisissent le statut de Scic : c'est Enercoop, première Scic tant en chiffre d'affaires (8 millions d'euros) qu'en nombre de sociétaires (plus de 15 000). L'entreprise est aujourd'hui constituée d'un réseau de 10 coopératives régionales qui fournit de l'énergie à 35 000 consommateurs avec l'objectif affiché d'atteindre rapidement les 150 000. Lorsqu'à Besançon naît en 2002 le premier réseau d'auto-partage, devenu aujourd'hui le réseau Citiz, c'est aussi à la Scic que pensent aussitôt ses promoteurs. Quatorze ans plus tard, le réseau regroupe 15 opérateurs locaux d'auto-partage indépendants... dont 10 sont des Scic ! Présent dans plus de 80 villes en France, il regroupe 18 000 adhérents qui mutualisent 800 véhicules répartis sur plus de 400 stations. Ces deux exemples emblématiques prouvent l'adéquation, on pourrait même dire la cohérence, du statut avec les démarches militantes et innovantes. Les responsables de Scic le revendiquent, comme Jean-Baptiste Schmider, président de Citiz. Il explique : « Le statut Scic nous est apparu comme la logique naturelle par rapport à notre objet, qui est de réduire la place de la voiture en zone urbaine. » Et de pousser plus loin la revendication politique de ce statut par opposition à l'économie collaborative auquel on les compare parfois par un étrange contre-sens : « L'économie collaborative n'est en fait que le stade ultime du capitalisme avec l'entreprise sans actifs et sans salariés ! »

 

Statut pour créatifs

À côté de ces « grosses » Scic, la plupart des créations sont de beaucoup plus petite taille (80 % des Scic ont moins de 10 salariés). Leur aspect souvent inventif ou expérimental incite à définir la Scic comme « le » statut de l'innovation. Le réseau interentreprises France Barter, par exemple, met en relation des entreprises qui vont échanger entre elles sans sortie de trésorerie grâce à une monnaie interne. À sa création, ses jeunes initiateurs ne pensent pas à faire une start-up mais optent pour la Scic. Lorsque des créatifs culturels installent une salle de concert et un restaurant sur la Seine (Petit Bain à Paris) ou sur le canal de Dijon (Péniche Cancale à Dijon), ils élisent eux aussi ce statut. En Cévennes, des habitants qui lancent un bistrot restaurant (Le Relais de l'Espinas) dans un des plus petits villages de Lozère savent judicieusement adapter le statut Scic et utiliser un financement original par le biais de titres participatifs. Sur le plateau de Millevaches, pour mener des démarches d'urbanisme participatif et des actions de réappropriation de la question du logement par les habitants, c'est encore une Scic qu'on décide de créer (L'Arban). Ces quelques exemples - on pourrait en citer bien d'autres - prouvent qu'il y a dans le choix d'un tel statut quelque chose d'intimement lié à la volonté d'inventer, d'expérimenter, de sortir des sentiers battus et du tout économique, de rechercher autre chose... Quelque chose qui s'appelle simplement l'intérêt collectif.

 

Des reprises moins glorieuses

Pourtant toutes les Scic ne sont pas des success stories. Fin 2011, lorsque la marque de lingerie fine Lejaby décide de fermer sa dernière usine en France, des ouvrières de l'entreprise réagissent en créant une Scic de corsetterie de dessous féminins de luxe 100 % français : Les Atelières. Deux ans plus tard l'entreprise devra mettre les clés sous la porte. Une expérience au goût amer pour Muriel Pernin qui s'était attaquée à un défi peut-être trop ambitieux : continuer à produire français sur un secteur, le textile, aujourd'hui entièrement sous-traité en Chine, en Inde ou ailleurs... « Je ne sais pas si la Scic était le statut vraiment adapté, confesse-t-elle aujourd'hui, mais il me permettait de porter les valeurs que j'avais pour mon entreprise. » Les salariés de Nice-Matin qui ont, eux aussi, repris leur journal sous la forme d'une Scic en 2014 sont aujourd'hui confrontés à une situation économique difficile. Et leur statut Scic (où chaque associé ne dispose, quel que soit son apport, que d'une seule voix) apparaît aujourd'hui comme un frein à une recapitalisation du titre. Comme si la Scic, idéale pour les pionniers d'une économie alternative de demain, s'avérait inadaptée dès lors qu'il s'agit de répondre, dans les cadres d'hier, aux défis d'une économie plus classique, de « sauvegarde » plutôt que d'invention...

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1. Un statut qui répond aux besoins de la société

Prochain article :

3. Ambitions et limites d'un statut