Décideurs en région : L'entrepreneur qui pense détenir la « bonne idée » doit-il être, selon vous, impulsif ou réfléchi ?

François de Landes : Je pense qu'il faut être fou et rebelle, avoir un côté disruptif, tels des entrepreneurs qui s'attaquent au géant d'un secteur ou qui envisagent de faire mieux que des concurrents déjà présents sur un marché. Mais dans le même temps, il ne faut pas perdre de vue que l'étape du proof of concept  [ndlr : démonstration de faisabilité] est extrêmement importante. Beaucoup de sociétés qui ont réussi ont su pivoter, se réorienter lorsqu'il le fallait. Il est donc essentiel d'écouter la clientèle. Pour mon site, misterbnb.com, nous avons écouté les retours et nous nous sommes, sans cesse, remis en question, faisant ainsi évoluer le produit. S'il est donc essentiel de savoir se lancer, il faut également être constamment à l'écoute pour savoir s'arrêter, réorienter le projet lorsque cela apparaît nécessaire. 

Vous avez lancé cinq entreprises en une vingtaine d'années. Y a-t-il des erreurs à éviter ?

L'entrepreneuriat nous donne la sensation d'être agile. C'est une réalité au moment de la création ou du proof of concept. Mais il faut prendre garde à ne pas se laisser griser par cette agilité lorsqu'on entre dans la phase de croissance. Il importe alors d'être particulièrement rigoureux, par exemple en investissant dans l'outil avant même de le faire dans le marketing. Il convient également d'agir avec humilité : ne pas penser que l'on va gérer cette croissance seul, avec ses propres forces. Il ne faut pas hésiter à s'entourer de personnes à-même de nous conseiller. On peut l'apprécier dans des incubateurs ou des accélérateurs. Il y a des professionnels qui ne sont pas entrepreneurs, mais davantage spécialisés dans l'organisation, et qui peuvent beaucoup nous apporter. Il est donc essentiel de ne pas rater la scalabilité [ndlr : capacité à changer d'échelle tout en maintenant ses fonctionnalités et ses performances]. 

L'écosystème économique et financier français est-il aujourd'hui favorable aux entrepreneurs ?

Il a indéniablement beaucoup d'atouts. Il est aujourd'hui facile de créer son entreprise en France, de trouver des fonds pour tester son concept. De nombreux dispositifs existent, par exemple au niveau de la Banque publique d'investissement ou du réseau Entreprendre. 

Pourquoi avez-vous toutefois décidé de partir aux États-Unis ?

Nous y avons trouvé la vitesse. Aux États-Unis, si vous rencontrez des investisseurs qui croient en votre projet, vous pouvez lever rapidement des sommes importantes, ce qui n'a pas toujours été le cas en France. Les choses s'améliorent toutefois aujourd'hui dans l'Hexagone. Il y a une communauté de business angels de plus en plus large. Certains ont déjà commencé à avoir des retours sur investissements et se réengagent à nouveau. De même, j'observe que la compréhension des markeplaces est meilleure. Il y a cinq ans, nous avions eu des difficultés à convaincre pour le projet que nous avions alors. On nous demandait des précisions sur sa rentabilité alors que nous n'avions pas de vue encore très précise sur le business model. Il fallait beaucoup rassurer. La connaissance apparaît meilleure aujourd'hui et l'environnement plus favorable.

> À découvrir :

• une présentation d'ensemble de la soirée barcamp HEC Alumni-Google du 10 mars,

• le dispositif Néo Business de la Caisse d'Epargne dédié aux start-ups et aux entreprises innovantes,

• un entretien avec Vincent Marec, Directeur adjoint marché entreprises réseau Caisse d’Epargne.