Les experts mandatés par le ministère de l'Écologie ont présenté aujourd’hui, lundi 19 janvier, à Albi, le rapport définitif concernant le barrage de Sivens dans le Tarn. Le document signe l’abandon complet du projet initial et propose deux solutions alternatives, dont une retenue d'eau deux fois plus petite. Aux acteurs locaux de choisir désormais.

Enfin, ils ont tranché. Après plusieurs réunions - sans véritables réponses apportées -, les experts en charge du rapport sur le projet de barrage de Sivens ont rendu public, lundi 19 janvier, leurs conclusions définitives. C’est décidé, le barrage de Sivens ne verra jamais le jour… Du moins sous sa forme initiale. "Le projet initial de barrage à Sivens (…) n’apparaît pas comme une solution adaptée, et son remplissage est problématique à l’échelle du petit bassin versant contrôlé", affirme clairement le rapport présenté aujourd’hui. Une petite victoire pour les occupants de la zone humide du Testet plus de deux mois après la mort du jeune Rémi Fraisse.

"Il est raisonnable du point de vue de la qualité des milieux de rechercher à obtenir une garantie quinquennale d'assurer, en moyenne sur les dix jours les plus bas de l'étiage, 40 L/s sur la branche amont du Tescou et pour l'aval du bassin une garantie équivalente de 80 L/s. Cet objectif sera atteint en année sèche si un apport de soutien d'étiage de 180 000 m3 peut être ajouté au volume de substitution. C’est donc un volume de 750 000 m3 de stockage qui est à rechercher", précisent même les deux experts, également ingénieurs généraux des ponts, des eaux et des forêts. Avant enfin d’apporter deux solutions alternatives au projet.

La première proposée par Nicolas Forray et Pierre-Alain Roche prévoit un réservoir réduit de moitié (750 000 mètres cubes) et serait situé à plus de 300 mètres en amont du premier barrage. Une solution peu coûteuse et qui laisse "de multiples possibilités de développement ultérieur", selon les experts. Elle permettrait également d’épargner 7 hectares de zones humides. La seconde possibilité, elle, consiste en plusieurs "bassines" autour du site du Testet. Une sur le site de Sivens, et deux à trois aux alentours. Si elle s’avère bien plus onéreuse que la première option, notamment à cause des acquisitions foncières nécessaires, son impact environnemental est infime. C’est donc la solution vers laquelle se penche les Zadistes.

Et maintenant ?
Le projet actuel d'aménagement du territoire du Tescou "s’inscrit dans une dynamique de culture et d’élevage déjà bien engagée", précise le rapport. Un projet créateur d'emplois locaux mais pour lequel "les ressources en eau limitées font de l’amélioration de la performance des cultures en sec un défi majeur face à l’augmentation des températures moyennes".
Les deux options apportées par les experts sont donc des propositions établies en lien avec ce projet de territoire. Mais c’est désormais aux acteurs locaux de décider. Et là encore, les avis sont divisés. Le Conseil général du Tarn, principal maître d’ouvrage du projet, et son président contesté Thierry Carcenac ont d’ores et déjà affirmé leur préférence pour la première solution. Moins cher, ce "Sivens allégé" démontre une véritable volonté des autorités d’apaiser les tensions.  Cette solution pourrait en effet obtenir l’approbation de la FDSEA du Tarn, le syndicat agricole majoritaire, qui manifestait en faveur du barrage aujourd’hui dans les rues d’Albi.
Pour les Zadistes, c’est l’autre option qui prime. Son impact quasi-nul sur l’environnement en fait le seul choix véritablement envisagé par les occupants du site. Mais le délai de quatre à huit ans nécessaire pour aboutir au projet effraie les agriculteurs. Pas question d’attendre si longtemps. Une fois n’est pas coutume donc, les acteurs de ce projet contesté devront essayer de se mettre d’accord. Ensemble. Avant que le gouvernement ne soit dans l’obligation de trancher. Tout ceci enfin sous le regard de la Commission européenne. En effet, une procédure d’infraction a été lancée contre Paris pour non-respect de certains aspects de la directive européenne sur l’eau.

Mathieu Houllière
©photo Rémi Benoit