En s’appuyant sur un univers décalé (les bénévoles de la plateforme sont des « gangsters », dont le mode opératoire consiste à organiser des « hold-ups » pour réaliser des « braquages d’idées », les deux français ont constitué en cinq ans à peine un réseau d’entraide international.

Au départ simple plateforme communautaire, MakeSense a ouvert un incubateur de 550 m2 au cœur de Paris. Elle dispose également de trois « hotspots Sensecubes » à Berlin, Bruxelles et  México. Chacun de ces espaces accueille tous les six mois une promotion de start-ups sociales en phase d’amorçage, pour leur faire bénéficier d’un programme d’accélération.

C’est à l’occasion d’un séjour à l’étranger que Christian Vanizette et Romain Raguin ont l’idée de créer MakeSense, en 2011. Alors étudiants à Kedge - l’École supérieure de commerce de Marseille -, ils publient sur un blog des vidéos d’entrepreneurs confrontés à des défis dans leur business. L’engouement naissant de la communauté d’entrepreneurs et l’émulation positive qui en découle marquent le début de l’aventure MakeSense. Au retour d’un tour d’Asie au cours duquel ils vont multiplier les rencontres avec les acteurs du « social business »,  ils constituent une association dont l’objectif sera de venir en aide aux entrepreneurs sociaux.

La marque de fabrique : des brainstormings pour des conseils gratuits

Ils proposent alors des ateliers où se réunissent des bénévoles prêts à dégainer leurs idées pour aider un créateur d’entreprise qui rencontre un problème momentané. Un brainstorming qui réunit aussi bien des ingénieurs, des étudiants d’écoles de commerce ou des entrepreneurs. Armés de leurs post-it, les « gangsters » comme ils s’appellent eux-mêmes, proposent des solutions concrètes au chef d’entreprise en mal d’inspiration.. En 2014 par exemple, le fondateur de PowerOn se demande comment faire accepter les centrales électriques dans des villages africains. Quatre idées seront sélectionnées : s’appuyer sur un chef de village pour légitimer la marque, distribuer de l’électricité gratuitement, sensibiliser les écoliers ou encore organiser un spectacle ludique. Une véritable émulation qui permet à Tristan Kochoyan de repartir avec un beau butin d’idées.

SenseCube : les nouvelles technologies au service des enjeux sociaux ou environnementaux

L’innovation technologique est primordiale pour le business social. C’est la conviction de MakeSense, et d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, qui viennent bénéficier d’un programme d’accélération au sein des « Sensecubes ». Au sein de ces incubateurs, ils s’efforcent de réconcilier logique économique et valeurs sociales. D’une durée de six mois, le programme est conçu pour accompagner les start-up  depuis la conception jusqu’à la réalisation de leur projet. Un véritable coup de pouce, possible grâce à l’expertise de MakeSense en matière d’innovation sociale et à la mobilisation d’un vaste réseau.

Le modèle économique de MakeSense

Fondé sur une approche communautaire et collaborative, le modèle MakeSense  repose sur la gratuité. L’association emploie ainsi quatre personnes en facturant des prestations de conseil pour des projets d’innovation sociale menés par des entreprises et des institutions, parmi lesquels Accenture, SFR, Orange ou la Commission européenne. Elle propose également des programmes de formation aux grandes écoles et aux universités. Les entrepreneurs sociaux qui sollicitent les services de MakeSense peuvent ainsi bénéficier de conseils gratuits, dispensés par des membres qui sont tous bénévoles.

L’entrepreneuriat social, un modèle qui a le vent en poupe

Bien plus qu’un simple effet de mode, les initiatives portant un objectif social ne cessent de se développer. Mis à l’honneur par le magazine Forbes dans sa version européenne des « 30 under 30 », les entrepreneurs français se distinguent tout particulièrement dans l’entrepreneuriat social. À ce titre, les chiffres de MakeSense sont édifiants : une communauté de 15 000 personnes, 700 braquages d’idées dans plus de 100 villes à travers le monde.