Décideurs en région : Comment a évolué le secteur des fintech en France ces dernières années ?

Julien Maldonato : On a observé ces 18 derniers mois une très forte croissance du nombre d'acteurs qui se sont créés dans ce secteur. Il serait aujourd'hui 150 à 200. On trouve parmi eux beaucoup de jeunes entrepreneurs désireux de tester un modèle. L'attrait pour les fintech est renforcé par le fait que leur potentiel est perçu comme important et que les technologies apparaissent accessibles.

Quelles sont les spécialisations qui ont particulièrement le vent en poupe ?

Beaucoup de projets ont déjà vu le jour autour du crowdfunding. Le secteur pourrait donc connaître une consolidation plus rapide que d'autres. La question des paiements suscite également de l'intérêt. L'assurance n'a, pour sa part, pas encore vraiment vu émerger de nouveaux services. Mais ce pourrait bien être la prochaine grosse vague. L'assurance de demain, avec les objets connectés, des outils de mesures, une anticipation des risques, sera fort différente de celle qu'on a connue jusqu'à aujourd'hui. Autre secteur à suivre dans les années qui viennent : le B to B. Des fintech se positionnent comme fournisseurs de solutions pour les acteurs de la finance. Cloud, compliance (conformité), sécurisation, analyse de données... Ce marché offre un avantage aux start-up s'y engageant : la monétisation des services se fait plus facilement vers les professionnels que vers des particuliers qui ont perdu l'habitude de payer.

Un mouvement de concentration est-il d'ores et déjà en cours dans ce secteur ?

Une phase exploratoire est d'abord nécessaire, où sont testés de nouveaux modèles, de nouvelles façons de créer de la valeur. Des essais ont lieu, sans certitude de rentabilité. Et l'on sait que ce sont ceux qui trouveront la bonne recette le plus rapidement qui seront aux avants-postes lors du mouvement de concentration qui s'engagera. Car il faudra, à un moment donné, aller vers une taille critique. Nous sommes sur un secteur technologique, cela implique donc de grandes plates-formes, l'effet volume étant toujours recherché, tant par la plateforme elle-même que par les utilisateurs. Ces derniers ont en effet un intérêt à se connecter entre eux, se comparer, avoir une richesse de données accessibles la plus grande possible. À terme, il n'y aura donc plus que quelques plates-formes, avec une vocation internationale. Nous sommes donc dans une période où les positions vont bouger et où une consolidation va se dessiner.

Va-t-elle survenir à court terme ?

Nous avons eu une année 2015 explosive en termes de création de fintech. En 2016, le rythme s'est un peu ralenti. L'heure est à l'observation, afin que se dégage le bon modèle permettant de gagner de l'argent. En 2017 devrait donc arriver le temps de la confirmation ou de l'abandon de certains modèles et, certainement, un mouvement de consolidation qui permettra d'avoir des plateformes beaucoup moins nombreuses.

Quelles sont les interactions entre le monde bancaire et ce secteur émergent des fintech ?

Ses acteurs démontrent un intérêt croissant pour ces start-up. Elles constituent une source d'inspiration pour développer de nouveaux services digitaux. Certains ont d'ailleurs pu racheter des fintech ou investir en leur direction. BPCE a par exemple fait l'acquisition, via sa filiale S-money, de lepotcommun.fr, une solution en ligne de paiement à plusieurs. Des partenariats voient également le jour entre des banques et des fintech travaillant sur des segments de marché que ne couvrent pas les premières. Et puis le monde bancaire souhaite aussi à se placer en amont du processus de création de nouveaux services. Pour ce faire, il va chercher à incuber certaines start-up, dans une logique gagnant-gagnant. Celles-ci bénéficieront d'une partie des technologies de la banque et de son immense stock de données. La banque, quant à elle, sera alors au plus près de l'innovation.

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