Vous avez pour ambition d'ouvrir l'an prochain un « zoo du XXIe siècle ». En quoi se distinguera-t-il d'un parc du siècle passé ?

Le zoo du XXe siècle donnait à voir une collection d'animaux côte à côte dans un décor uniforme. On insistait sur la spécificité de l'animal, son étrangeté. L'approche que nous proposons désormais est révolutionnaire : c'est tout un système d'espèces vivant ensemble qui sera présenté. Des biozones - avec la végétation d'origine - seront recréées et représenteront différentes régions du monde : la plaine Sahel Soudan, la Patagonie, l'Europe, Madagascar, la Guyane... Nous proposerons donc aux visiteurs un voyage en immersion totale au cœur de la biodiversité.

Vous insistez aussi sur l'importance de l'approche pédagogique...

C'est précisément pour cela que le Muséum national d'histoire naturelle gère un zoo. Ce n'est pas, à nos yeux, un parc d'attraction, mais un formidable outil de diffusion de la culture scientifique et naturaliste, et de respect de l'environnement. Nous expliquerons aux visiteurs en quoi les zoos comme le nôtre sont aussi des outils de protection de la nature et en particulier de préservation des espèces comme les lémuriens de Madagascar ou les chevaux de Przewalski, originaires de Mongolie. Beaucoup de nos animaux feront partie de plans d'élevage concertés, qui peuvent s'accompagner, sur le terrain, d'opérations de réintroduction.

Le travail de conservation des espèces fera donc partie de ces « coulisses du zoo » que vous souhaitez ouvrir aux visiteurs...

Oui, ils pourront ainsi comprendre comment nous articulons des plans de conservation ex situ [ndr : hors du milieu naturel d'origine] et in situ, et découvrir tout le travail de recherche qui y sera mené. Car c'est une autre dimension essentielle de ce nouveau zoo : il s'agira d'un très bel outil de recherche, à la pointe en matière vétérinaire, avec des travaux scientifiques qui seront menés par exemple sur la reproduction assistée ou l'étude des comportements animaux.

Est-il difficile de concilier ces ambitions portées pour ce zoo et les attentes de visiteurs qu'il convient de satisfaire pour s'assurer d'un nombre d'entrées satisfaisant ?

Il n'y a pas d'opposition entre le sérieux du propos sur le plan scientifique et l'attractivité pour le public. Au contraire, ce sera un « plus » pour les visiteurs : ils trouveront dans ce zoo un dépaysement, verront des animaux mais pourront aussi apprendre comme ceux-ci vivent, se reproduisent, interagissent entre eux... C'est une expérience de loisir intelligent. La reconstitution des milieux naturels nous rendra plus attractifs, sans pour autant qu'il y ait la moindre compromission sur la qualité du message scientifique. Nous avons en cela intégré ce que doit être un service public moderne : être efficaces, irréprochables sur l'accueil offert aux visiteurs, tout leur proposant une expérience inoubliable, un dépaysement, mais aussi un apprentissage.