Décideurs en région : Quelle est votre analyse de la situation de la parité hommes-femmes en termes de représentation ?

Philippe Guillaume : Je suis un militant de la parité car nous avons besoin de rétablir des équilibres dans la gouvernance des entreprises et des organisations professionnelles et consulaires. Actuellement 30 % des entreprises sont détenues par des femmes, cette réalité est appelée à évoluer. La place des femmes dans la sphère socio-économique est une avancée, une conquête et une volonté politique permanentes. Nous devons accompagner cette dynamique indispensable à la vitalité de la société. Les organisations patronales, les organismes consulaires comme les CCI ont de nombreux dispositifs dans lesquels les femmes doivent être accueillies et accompagnées. Actuellement, avec 14 % d’élues, les femmes sont trop peu représentées dans les CCI. 

DER : Quelles actions la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises – CGPME – peut-elle mettre en œuvre ou soutenir dans les entreprises ?

Philippe Guillaume : François Asselin, le président de la CGPME, a pour mot d’ordre l’établissement de la parité dans le dispositif patronal. Cette volonté est d’autant plus forte qu’avec la loi du 4 août 2014 la parité devient un enjeu politique. La CGPME s’organise pour que les femmes se présentent aux élections consulaires. Geneviève Bel, vice-présidente de notre organisation, a fait un travail extraordinaire de maillage territorial en créant un réseau national de clubs de l’entrepreneuriat féminin. Sa tâche n’est pas sans difficultés car la culture patronale est masculine.

Au niveau de la CGPME, la situation en termes de parité est loin d’être satisfaisante mais parmi les organisations patronales, elle est certainement la mieux armée. Notre mot d’ordre national est désormais décliné sur le terrain. Dans chaque département, le dispositif « CGPME-Femmes » a été mis en place pour encourager les dirigeantes d’entreprise à présenter leur candidature pour tous les mandats représentatifs, en particulier dans les instances paritaires. Par exemple, en Moselle, dans les tribunaux de commerce, la parité parmi les juges consulaires est devenue réalité. 

DER : Certains voient dans la mixité une porte d’entrée vers la croissance et la performance. Partagez-vous cette analyse ?

Philippe Guillaume : La parité n’a pas été suffisamment prise en compte jusqu’alors pour des raisons essentiellement culturelles. Les disparités salariales entre hommes et femmes, de l’ordre de 17 % en moyenne, révèlent ce blocage culturel. Les jeunes générations, très présentes dans l’économie numérique, vont faire bouger les choses. La France se prive de beaucoup d’énergies et de capacités en ne donnant pas toute leur place aux femmes dans le monde socio-économique. Or elles sont un ciment de croissance, de progrès et d’innovation dans les entreprises et leur potentiel est primordial pour notre compétitivité économique, comme l’attestent des études récentes. Elles doivent être plus nombreuses aux commandes des entreprises pour faire bouger les lignes.

DER : Pensez-vous que les banques puissent avoir un rôle particulier à jouer dans ce mouvement vers la parité ? Notamment la Caisse d’Epargne du fait de son implantation régionale et de ses valeurs.

Philippe Guillaume : Le partenariat de la Caisse d’Epargne pour le Forum du 25 novembre sur la parité est un acte politique fort, qui marque son engagement auprès des femmes entrepreneures. La Caisse d’Epargne montre qu’elle est à l’écoute des femmes qui ont des projets entrepreneuriaux. Les femmes et les hommes porteurs de projets ont besoin de s’adosser à un établissement bancaire innovant et très présent sur le territoire.